Centenaire de la Société La Cure





    Les désirs du Président sont pour moi des ordres. J’obéis.
    Je dois au privilège de l’âge d’avoir à prendre la parole, brièvement et simplement.
    Réunion sympathique. Dans un cadre merveilleux. Des souvenirs indéfinissables.
    Cela me commande de vous adresser d’entrée, à tous, au nom de notre Président et du bureau, des remerciements très chaleureux.
    Merci tout d’abord à notre hôte, M. Rémy, qui est aussi un de nos sociétaires, d’avoir bien voulu mettre à notre disposition, ce joli caveau. S’il n’a pu être un des nôtres, il s’est fait représenter au dessert.
    Merci à Monsieur le Maire, également notre sociétaire, et qui est tellement dans le mouvement bouliste que nous devons le saluer aussi comme président de la société voisine et amie « Le Bon Vigneron ».
    Merci au Président de la Fédération, M. Baudouin, qui ne manque jamais une occasion de prouver l’intérêt qu’il porte à nos cercles.
    Malgré leurs obligations dominicales, les prêtres sont ici nombreux et à des titres divers.
    Présidents honoraires. Enfants du pays. Aumôniers des jeunes Bayardais (espoir de la société) qui viennent après matchs arroser leurs victoires (ou leurs défaites)
    Merci à leur dévoué président dont le mérite n’est pas mince, M. Cantin.
    Ils savent tous que leurs présences nous touchent beaucoup.
    Je n’oublie pas nos sociétaires, auxquels j’associe nos camarades de Sanouva.
    Monsieur de Lapalisse dirait tout bonnement sans sociétaires.. Pas de société. C’est sûr.
    Et puis, sans président, sans bureau, sans concierge ? Est-ce que ça pourrait marcher ?
    Il est donc bien naturel de leur adresser un vigoureux merci. Pour leur dévouement, leur désintéressement et surtout, oui surtout, leur bon esprit.
    Ici j’ouvre une parenthèse. J’abuse peut-être en citant les noms des ménages Depoué, Deniau, Daudet, Cosset, Pater, Guilloteau, Even, Maillet, Cléret, Lambert, et aujourd’hui Gousseau, que j’ai tous connus comme concierges.
    Il est une dame parmi eux que nous sommes tout particulièrement fiers de saluer aujourd’hui.
    Madame Daudet presque centenaire, elle aussi, 95 ans. Elle fut de celles qui, avec son mari, ont bien mérité de la société, en des temps ou les frigos n’existaient pas, l’escalier qui descend à la cave non plus, on devait passer le vin par la cour, panier par panier, afin de servir frais.
    Ceux qui nous ont demandés de les excuser, en raison de leur maladie ou autres raisons valables , ils sont nombreux et ne sont point oubliés.
    Et bien sur, une pensée pieuse et très reconnaissante, pour nos pionniers, aujourd’hui dans la maison du Père, et au dévouement de qui, nous devons l’œuvre que nous fêtons aujourd’hui.
    Si j’en ai oublié, qu’on veuille bien me le pardonner.


    Cent ans… Oui notre société a cent ans.
    Faut le faire…. Pas vrai ?
    Notre centenaire qui, nous l’avons dit, se porte bien et qui a voulu nous réunir fraternellement.
    Jetons, si vous le voulez bien, un regard sur le passé
    Nous devons au Colonel Pierre de Bodman quelques extraits de l’histoire de Saint Florent où il est question au passage de la société, de la cure. 

    Je cite ce passage.

«Il s’agit d’un voyage effectué en 1873 par un prêtre allemand dans le Val de Loire.
Il admire les belles maisons blanches, en pierres de tuffes.
Il remarque les bonnes vieilles du pays filant la laine, selon les anciennes coutumes, Rouets et Quenouilles.
Et sur la Loire, les bateaux mariniers qui transportent voyageurs et marchandises vers Saumur.
Disant les messes dans notre église, il observe que les femmes quittent leurs sabots pour venir sur leurs chaussons de laine à la communion.
Et puis.. et c’est là que je veux en venir, il s’intéresse en particulier au presbytère et à son jardin. Il s’aperçoit dans le clos, un grand hangar et une salle dont les placards contiennent une réserve de vin.
Le jeune curé de l’époque, (notre fondateur), l’abbé Henri Esnault, voyant son étonnement, lui explique à quoi répond cette installation .
Il a sacrifié l’année précédente, 1872, une partie de son jardin pour édifier une salle de réunion et un jeu de boules.
Cela lui permet d’inviter, le dimanche soir, des jeunes gens, pour une partie de cartes ou de boules en prenant un verre de vin ou de bière.
C’était déjà la Société. »
Ils n’étaient pas nombreux au départ nous dit le chroniqueur, car à l’époque, un certain respect humain gênait pour fréquenter des locaux aussi près de la cure.»

    En 1875, Monsieur l’abbé Théophile Vaugouin, nommé curé de Saint Florent, prendra en main, pendant 35 ans, l’œuvre commencée. Il sera un animateur dévoué et se plaira à faire sa partie de boule malgré une jambe infirme.
    
    Une anecdote en passant :
    On lui reprochait d’être trop coulant et d’accepter des sociétaires anticléricaux.
    Je l’ai entendu répondre : « Que voulez-vous ? En les laissant frôler ma soutane, je pense qu’il sera plus facile de cirer leurs bottes quand le moment sera venu. »
    
    En 1910, son successeur, Monsieur le curé Pierre Chollet, fut non moins convaincu de l’intérêt du cercle d’hommes. La société continue de prospérer, et le cinquantenaire en même temps que le centième membre furent marqués, en 1922, par un banquet dans la salle Jeanne d’Arc, sous la présidence de Monseigneur Rumeau.
    Si nous disions que le successeur, Monsieur le curé Paul Martineau, n’avait pas les mêmes sentiments pour les boulistes et le belotteurs, nous ne serions pas cru.
    Ce qui marqua plus particulièrement son passage, ce fut la dernière guerre. Le drapeau à croix gammée a flotté plus d’un an aux fenêtres de la société, qui a été occupée et saccagée, de même que le jeu de boules, la salle Jeanne d’Arc et même le presbytère.
    Ce fut vraiment là un gros choc matériel et moral car nous étions dans l’impossibilité de fonctionner. Heureusement la société de l’Union fur assez aimable pour nous donner l’hospitalité.
    Quand nous avons pu nous réunir à nouveau le 18 janvier 1942, après nous avoir souhaités la bienvenue et exposé les dégâts, Monsieur le curé Martineau nous fit la proposition suivante :
    Ne pourrait-on pas penser à nos prisonniers quand nous sommes bien tranquilles devant une bouteille ? »
    C’est ainsi que germa l’idée du « franc du prisonnier ». La bouteille de 8 francs sera vendue 9 francs.
    Une lettre leur fut adressée.
    Je passe sur bien des détails intéressants.
    Après le départ de Monsieur Martineau, la relève fut toujours aussi favorable.
    Ca suit disait-on en 14.
    Ce fut le cas avec Messieurs les curés Louis Marcais et Marcel Poupard, dont nous regrettons l’absence, et aujourd’hui Monsieur le curé Moreau qui nous fait l’honneur d’être au milieu de nous.
    En saluant leur arrivée dans la paroisse, j’étais heureux de pouvoir dire à chacun d’eux :

« La société de la Cure n’est pas, à proprement parler, un mouvement d’Action Catholique. C’est une grande famille, autonome, de plus de 200 membres, où chacun se trouve chez lui, où les uns et les autres échangent leurs impressions de la semaine, tout en exerçant leur adresse, soit à la boule de fort, au billard, aux cartes, ou tout simplement en bavardant (c’est mon cas) devant une bonne bouteille de notre excellent Saumur (sans en abuser bien entendu). »

    Il est indéniable que le fait de se retrouver chaque dimanche, ou presque, facilite la bonne entente paroissiale et communale.
    C’est dans cet esprit que nous avons pu, il y a une dizaine d’années, constituer un Comité d’Entente pour le challenge des Vins Mousseux et Vins natures.
    Nous nous sommes rassemblés, sans aucune distinction de classes ou d’opinions, en vrais camarades, aidés en cela par les industriels qui ont bien voulu nous doter généreusement, ce dont nous les remercions à nouveau aujourd’hui.
    C’est une manière de s’aimer, a t-on dit, que de se distraire mutuellement.
    Nous avons conscience, dans nos sociétés, modestement, mais à coup sur, de travailler pour la Paix Promise aux hommes de bonnes volonté.
    Si tous les gars du monde voulaient comme nous se donner la main.
    Dans nos sociétés nous dit le poète patoisan Emile Jourdain :
    On se cause
    Cela permet de mieux se connaître
    Cela permet de mieux se comprendre
    Cela permet donc de mieux s’aimer.
    Si les sociétés n’existaient pas, il faudrait les créer.
    Merci Mesdames qui le comprenez.
    Oui la société a bien mérité de la paroisse et de la commune.
    J’en ai terminé.
    Je voudrais dire une fois de plus (j’ai bien l’âge de radoter)
    Je voudrais dire que l’adage qui prétend que ce que l’on connaît bien s’exprime facilement, n’a pas toujours raison.
    Je connais bien la société depuis longtemps, bien longtemps, trop longtemps, et pourtant, il m’est impossible, bien sur, surtout en quelques minutes, de résumer clairement cent années d’une existence aussi pleine, aussi vivante.
    Vous le comprenez et je suis sur de votre indulgence.
    Je vous invite à lever vos verres :
    A nos familles
    A l’union toujours plus fraternelle de tous les Florentais.
    A la paix sociale.
    A la paix tout court.
    Santé….Prospérité….
    Encore longue vie à notre chère Centenaire.
M . André CARRE