Anniversaire et cinquantenaire






    Chaque année, quand les feuilles jaunissent pour mourir et que le soleil d’automne met à point les grappes blondes richesses des coteaux du Saumurois, saint Hilaire saint Florent fidèle à sa tradition s’apprête à fêter solennellement son patron saint Florent, l’apôtre des bords de la Loire, qui évangélisa nos contrées au temps du grand saint Martin dont il fût en tout le disciple soumis et toujours respectueux.

    Dans une brochure éditée à Angers en 1878 et intitulé : « Saint Florent, sa vie, ses miracles, ses reliques » la plume distinguée de Mme La Vicomtesse De La Frégeoliere a fait revivre cette grande figure sous les yeux de notre génération. Cet ouvrage reçût une approbation flatteuse de l’érudit qu’était Monseigneur Freppel, alors évêque d’Angers qui en recommanda la lecture à la fois édifiante et instructive pour tous ceux qui veulent se tenir au courant de nos antiquités religieuses et locales.

    Dimanche dernier aux vêpres une belle assistance écouta le panégyrique du thaumaturge pionnier évangélique du pays des Mauges prononcé par l’abbé Emeriau aumônier de saint Anne qui retraça sa vie à grand trait et exalta éloquemment en nous les adoptant ses belles vertus.
Puis, la procession de la châsse qui contient une partie des reliques de notre saint se déroula coutumière et majestueuse autour du bourg, la clique de la gymnastique relevant le pas et les échos fidèles répétant les cantiques populaires à la louange du pieux cénobite du Mont Glonne.

    Pour une coïncidence heureuse et voulue, car : « A tout seigneur, tout honneur » les membres de la société d’agrément, sise à La Cure, profitèrent de cette solennité pour célébrer les noces d’or de leur cercle.

    Fondée en 1872, sous le vocable de saint Florent, M. l’Abbé Esnault, étant curé, la société prospéra avec son successeur M. le curé Vaugouin de digne mémoire et de plus en plus florissante, elle compte actuellement 140 membres sous la présidence de M. l’Abbé Chollet curé de saint Hilaire saint Florent. Un de ces membres fondateurs, M. Frédéric Lamoureux vétéran de 70 en est le vice président inamovible.

    Déjà le matin, à la messe solennelle de 10 heures, des chaises avaient été réservées dans la grande nef pour les membres de la société, et délicates pensées du pasteur des âmes, le sacrifice divin fût célébré à toutes leurs intentions. Après le prône habituel M. le curé malgré un malencontreux enrouement rappela les humbles débuts de la société, aujourd’hui si prospère. Ils étaient 5, qui un jour se groupèrent autour de leur curé, un seul est encore existant. Dans le cours des cinquante années écoulées, les bonnes volontés aidant, et elles ne manquent pas à saint Florent, la société prospéra, un jeu de boules fût construit, la salle de jeu agrandie. Aujourd’hui M. le curé est fier de cette œuvre enviée de bien des communes du Saumurois, où les dissentiments sont bannis et où chacun faisant abstraction de sa condition observe avec la fraternité la plus franche cordialité.

    Au soir d’une journée bien remplie, il semble doux au cœur de prendre place à la table familiale. C’est le sentiment qui animait les convives quand à sept heures ils vinrent s’asseoir autour des tables gracieusement aménagées dans la salle Jeanne D’Arc. La franche gaieté gauloise ne cessa de régner parmi les 80 convives qui firent honneur au menu plantureux délicatement servi par un sociétaire M. Cyr Henneguelle justement renommé pour sa bonne chair.

    Les chanteurs et les diseurs ne se firent pas prier, j’ose dire que dans leur impatience, à la joie de tous, ils commencèrent avant l’heure réglementaire. Ils furent nombreux, valeureux et variés dans leur genre, tous des modestes, y compris le poète à ses heures qui obtint des applaudissements bien mérités.

    Au dessert, M. le Président après avoir présenté les excuses des absents, dit bien ses contentements de voir tout le monde à l’aise, à nouveau il félicita présents et absents du bon esprit qui ne cesse de régner. La meilleure preuve en est la réélection du même bureau chaque année.

    Aux impatients qui voudraient déjà voir un deuxième jeu de boules, il les consola en disant que la question était à l’étude et cita le proverbe : « Patience et longueur de temps viennent à bout de tout »

    Il adresse aussi ses félicitations à M. Cyr Henneguelle au nom de tous et remercia, de leur désintéressement les dames dévouées qui assurèrent si bien le service. Aux insatiables joueurs de boules il leur annonça que les haricots verts qu’il avait trouvés si bons venaient directement de Brion, ce qui fût compris et applaudit.

    Enfin M. le curé leva son verre d’abord, à la santé de M. Frédéric Lamoureux l’heureux fondateur à qui il fut donner de voir un si beau jour puis à celle de tous les sociétaires et de leur familles.
Rendez-vous fut donner à tous pour les noces de diamant, et cette inoubliable journée se termina par de bonnes parties de boules et de manilles.

Abbé Pierre CHOLLET